Emmanuel Grégoire, député Socialistes et apparentés, 7ème circonscription de Paris.

Enseignement supérieur privé : une proposition de loi « pour assainir un secteur qui a clairement dérivé »

Le député Emmanuel Grégoire - groupe socialistes et apparentés - a déposé une proposition de loi visant à interdire les clauses contractuelles abusives et lutter contre la fraude dans les établissements d'enseignement supérieur privés et les centres de formation d'apprentis (CFA). Mais les mesures proposées pourraient avoir une portée plus large, en renforçant les pouvoirs de contrôle et de sanction des organismes de formation.

Par - Le 10 mars 2025.

« Un meilleur encadrement de l'enseignement supérieur privé à but lucratif pour mieux protéger les étudiants » : tel est l'intitulé et l'objectif poursuivi par la proposition de loi portée par le député socialiste Emmanuel Grégoire (7ème circonscription de Paris). Déposée à l'Assemblée nationale le 18 février dernier, celle-ci a été renvoyée à la commission des affaires culturelles et de l'éducation et pourrait faire l'objet d'un examen en séance publique le 5 mai prochain.

Un secteur en forte croissance manquant de contrôle

C'est d'abord par des témoignages individuels qu'Emmanuel Grégoire a été alerté de la nécessité de mieux encadrer l'enseignement supérieur privé à but lucratif, confie le député à Centre Inffo, un secteur qui s'est développé ces dernières années y compris à la faveur de la réforme de l'apprentissage. Les informations disponibles, dont le rapport des députés Béatrice Descamps et Estelle Folest, l'ont ensuite convaincu de l'ampleur du problème. « C'est un nid à scandales », résume Emmanuel Grégoire. Celui-ci énumère en particulier les failles de contrôle, les pratiques commerciales agressives et les clauses contractuelles inappropriées, voire les escroqueries, alors même que le marché connait « une croissance exponentielle ».

D'autres ajustements à venir

Pas question ici de « faire un procès philosophique de l'enseignement supérieur privé », prévient Emmanuel Grégoire. « L'objectif est vraiment de faire une PPL [proposition de loi] d'urgence, pour assainir un secteur qui a très clairement dérivé », explique-t-il. D'autres sujets, souligne le député, devront faire l'objet de nouveaux travaux parlementaires ou passer par la voie réglementaire. Après avoir rencontré les ministères en charge du Travail et de l'Enseignement supérieur, celui-ci se dit cependant rassuré sur l'avancée d'un certain nombre de sujets. Parmi eux, l'encadrement des pratiques de « location de titres » qui devrait faire l'objet d'un prochain décret.

Lutter contre les pratiques abusives

La proposition de loi elle-même tient en quatre articles. « La configuration actuelle de l'Assemblée nationale se prête peu à des textes « cathédrale », qui traitent de tout. L'objectif de cette PPL, qui est courte, est qu'elle soit adoptée le plus rapidement possible », présente Emmanuel Grégoire. Dans le détail, deux articles visent à définir comme abusives certaines clauses contractuelles pour les établissements d'enseignement supérieur privés et les CFA. Elles concernent en particulier la demande de « frais de réservation » ou la possibilité de se faire rembourser les frais de scolarité en cas de départ anticipé.

Renforcer les pouvoirs de contrôle et de sanctions

Les deux autres articles introduisent des sanctions pour les responsables d'établissements privés d'enseignement supérieur ou de CFA coupables d'infraction, ainsi que pour les organismes de formation ayant commis des pratiques frauduleuses : annulation de la déclaration d'activité de l'organisme ou interdiction de dépôt d'une nouvelle déclaration pendant une certaine période. « De manière générale, [ces articles] viennent corriger l'aporie de la loi de 2018 qui imposait des contrôles des formations privées lucratives, s'inscrivant ou non dans l'apprentissage. Les contrôles étaient obligatoires, mais les organismes de contrôle n'avaient pas de moyens de sanction. On vient les doter de ces outils », précise un collaborateur d'Emmanuel Grégoire.

 

Cette proposition de loi fait écho à la publication d'un livre-enquête révélant les dérives de l'enseignement supérieur privé, à partir de l'exemple du groupe Galileo.

 

Les mesures de la proposition de loi en matière d'apprentissage et de contrôle des organismes de formation

Pour les CFA, interdiction des clauses contractuelles :

  • imposant le versement de frais de réservation préalables à la confirmation d'inscription ;
  • privant l'apprenti d'un remboursement au prorata temporis des frais administratifs ou de scolarité en cas de départ anticipé ;
  • excluant le remboursement des frais demandés à un postulant à l'apprentissage lorsque celui‑ci signe un contrat d'apprentissage dans le délai de trois mois prévu à l'article L. 6222‑12‑1 du code du travail.

Pour les services de contrôle de la formation, possibilité :

  • de refuser l'enregistrement de la déclaration d'activité quand l'organisme ne dispose pas de locaux appropriés ou a produit une pièce justificative frauduleusement ;
  • de refuser le dépôt d'une nouvelle déclaration d'activité pendant quatre ans lorsque l'organisme a fait l'objet d'un procès verbal pour faits frauduleux ou d'usurpation d'identité, ou pendant cinq ans lorsque l'organisme n'a pas effectué le remboursement de l'intégralité des sommes devant être recouvrées par l'administration ;
  • d'annuler l'enregistrement de la déclaration d'activité lorsque l'organisme a eu recours à des faux documents pour obtenir indûment des fonds de la formation professionnelle.