IA : le fondateur de TalimAI appelle à exercer sa « pensée critique »

Comment un entrepreneur de la tech perçoit-il et utilise-t-il l'intelligence artificielle ? Réponse lors du Carrefour de l'IA organisé par Comundi avec Antoine Carrière, ex chef de la stratégie et des opérations commerciales chez Google et fondateur de TalimAI, assistant de recrutement dopé à l'IA.

Par - Le 10 janvier 2025.

Révolution, feu de paille, chimère, … ? À cette question qui interroge l'existence d'une « bulle » IA, Antoine Carrière répond par moult projections chiffrées et conteste l'idée d'un « surinvestissement » : lors de la mécanisation et de l'industrialisation des pratiques du début du XXe siècle, l'investissement industriel représentait 3,5 % du PIB mondial contre 4,4 % en 2000 pour internet et seulement 0,3 % pour l'IA aujourd'hui. Commentaire : « nous ne sommes pas du tout dans une bulle mais dans un tsunami d'innovations dans un monde ultraconnecté. »

Où sont les cas d'usage ?

Reste que si taux d'équipement et d'accès à internet ont permis une « déferlante mondiale quasi instantanée », nous n'en sommes pas encore à une « utilisation pérenne et durable » de l'IA par l'ensemble des employés. Entre « fonctionnalités gadget », « manque de formation et d'accompagnement » et « évolution ultra rapide des capacités des technologies », Antoine Carrière est conscient que les cas d'usages pertinents sont encore peu nombreux. Mais la donne pourrait changer avec l'essor des agents autonomes, qui nous fait passer d'un paradigme prédictif [ 1 ]On essaie de prédire le prochain mot d'une phrase. à un paradigme agentique où la machine procède par boucles d'observation/orientation/décision/action.

Au rendez-vous de la confiance

Ceci, à condition que le degré de confiance en l'IA augmente alors qu'il est aujourd'hui limité. Même si les « hallucinations » reculent, les IA continuent d' « affabuler » en présentant les choses comme la réalité du fait de l'excellence de la forme. Se pose également un problème de « répétabilité » des résultats : parce que les IA progressent, la même question posée en des temps différents donne des réponses différentes, ce qui pose des problèmes de « certitude » du comportement des agents IA. Ceci, d'autant plus que l'on ne sait toujours pas exactement comment les algorithmes déterminent les comportements.

Pensée critique

À partir de sa propre expérience de recours à l'IA Claude pour la préparation de son intervention, Antoine Carrière souligne qu'une cinquantaine d'échanges auront été nécessaires pour améliorer les premières propositions de l'IA. Si le bilan d'usage lui apparaît positif, il souligne que l‘outil l'aura « beaucoup plus aidé à organiser [ses] pensées qu'à organiser le plan de [sa] présentation ou à [lui] donner des contenus spécifiques. » Au final, l'IA aura permis de dépasser le stade de la « page blanche » mais nécessite l'exercice de sa « pensée critique » pour ne pas se laisser emmener dans une mauvaise direction. Et d'avertir : « il ne faut pas se laisser convaincre par la forme, toujours belle et polie, car le contenu va en général manquer de pertinence. »

Défi sociétal

Au-delà des nombreux défis techniques et éthiques qui restent à relever, Antoine Carrière souligne le défi sociétal que représente l'impact des IA sur les compétences. La rapidité des mutations du travail et de la recomposition des activités intellectuelles pose la question de la revalorisation des compétences. Alors que pensée critique, sens du discernement et créativité sont en hausse, c'est pour l'entrepreneur tout le système éducatif qui est à ré-inventer. Il faut à la fois revoir les programmes et les modalités d'évaluation côté formation initiale, tout autant que renforcer le rôle de la formation continue, qui apparaît « plus que jamais comme la manière de nous éduquer » face à l'accélération du progrès et aux mutations du travail.

Notes   [ + ]

1. On essaie de prédire le prochain mot d'une phrase.