Lever les freins à la formation et à l'emploi des personnes handicapées

Lors d'un colloque organisé récemment à l'INJA – Institut national des jeunes aveugles – à l'occasion des 20 ans de la loi Handicap, plusieurs experts ont dressé un bilan, évoqué des initiatives et fait des propositions pour améliorer l'inclusion scolaire et professionnelle des personnes handicapées.

Par - Le 17 février 2025.

Vingt ans après la loi « Handicap » de 2005, quels sont les progrès réalisés en matière de formation et d'accès à l'emploi, et comment lever les freins ?

Si on regarde le verre à moitié vide, force est de constater que le taux d'emploi des personnes handicapées reste faible – de 3,6% dans le privé, et de 5,5% dans le public, en deçà de l'obligation légale de 6%. « Cela montre qu'il y a encore des freins, des stéréotypes. Pour un chef d'entreprise le terme de handicap est large, fait peur et ne dit rien des compétences. Par ailleurs il est encore difficile aujourd'hui pour les personnes handicapées d'acquérir des compétences et d'avoir une évolution professionnelle. Entre l'école, les études supérieures et le monde du travail, les réponses sont compartimentées », estime Didier Moguelet, chef de file CFTC et vice-président Agefiph, invité à la table-ronde organisée à l'Inja, lors d'un colloque pour l'anniversaire de la loi.

Des solutions d'accessibilité méconnues

 Un des problèmes est que « les jeunes handicapés ont tendance à se limiter dans leur orientation, à penser que ça n'est pas accessible pour eux. Après le Bac les aides s'arrêtent, il n'y a plus d'AESH, et ils ne connaissent pas toutes les aides qui existent, tous les outils d'accessibilité numériques », explique Philippe Trotin, directeur de la mission handicap de Microsoft et formateur de référents handicap. Il a formé 900 enseignants pour leur présenter les multiples solutions et outils technologiques. « Mais ils ne peuvent pas tout connaître, donc l'éducation nationale doit avoir une cellule pour accompagner les enseignants face à une situation donnée. En tant que référent handicap à Microsoft je demande aux salariés de m'expliquer leurs limitations, leurs besoins, et je cherche des solutions personnalisées ».

Le rôle étendu de la mission handicap d'une grande école

La bonne nouvelle est que depuis 2005, le nombre d'étudiants handicapés a beaucoup progressé : « On est passé de 5000 à 60 000 étudiants handicapés dans les universités. Un grand pas a été fait, on a eu une montée en compétences importante », estime Elizabeth Forget, référente handicap à Essec Business School. Dès 2008 l'Essec a créé le programme « PHARES », un dispositif de tutorat étudiant à destination d'élèves handicapés du secondaire pour les encourager à faire des études. La référente handicap sensibilise aussi les jurys d'admission, et pour faciliter l'intégration dans les études elle a conçu des fiches pratiques sur chaque handicap, « qui expliquent aux enseignants comment accueillir un étudiant PMR, déficient visuel, auditif. L'intégration en emploi n'étant pas toujours simple, on travaille avec des entreprises impliquées, on organise des opérations de sensibilisation, des forums emploi dédiés aux étudiants handicapés », explique-t-elle. L'Essec a aussi créé le programme « Handicap et talent », qui forme les étudiants comme les managers, aux enjeux du handicap en entreprise.

Management et handicap

 Signe des temps, « l'option « management et handicap » de l'école de management de Grenoble a de plus en plus de succès », observe Damien Caillaud, qui accompagne des managers et entreprises sur leur politique handicap et leurs recrutements. Il préside également l'association H'UP Entrepreneurs, qui forme et accompagne des personnes handicapées dans leur projet de création d'entreprise. « J'ai accompagné 600 personnes. Créer son propre emploi et devenir entrepreneur est aussi un débouché possible pour les personnes handicapées », note-t-il.

Des propositions pour l'accès aux études supérieures

 Deux étudiants à l'Inja - Nour Souid et Arthur Gonthier - ont présenté leurs propositions pour améliorer l'accès des élèves handicapés aux études supérieures, dont : « la formation des assistants d'élève en situation de handicap (AESH), la coordination avec le milieu médicosocial, un accès garanti à des outils pédagogiques adaptés, et un accompagnement personnalisé par un référent unique ». Katia Dayan, fondatrice de l'entreprise adaptée Les Papillons de jour, insiste également sur le besoin de mieux former les AESH, « au moins 120H au lieu de 60H actuellement, afin qu'ils puissent adapter leur pédagogie ». Parmi les chantiers restants, il y a aussi l'accessibilité numérique de tous les logiciels et sites internet de la fonction publique.