L'inquiétude gagne les centres de formation d'apprentis (Fnadir)
Plus d'une semaine après l'adoption du budget 2025, les arbitrages publics en matière d'apprentissage restent flous. Les centres de formation d'apprentis de la Fnadir comprennent l'impératif de soutenabilité financière mais redoutent que, faute d'un débat de fond, on ne prive cette voie de formation d'une vision politique claire.
Par Catherine Trocquemé - Le 21 février 2025.
Au milieu du gué. L'année 2025 pourrait marquer un moment charnière pour l'apprentissage. Après la phase d'euphorie portée par un soutien massif des politiques publiques, le marché donne les premiers signes d'essoufflement. « C'est la première année depuis longtemps que nous craignons une baisse des entrées en apprentissage », signale-t-on à la Fédération nationale des directeurs de centres de formation d'apprentis (Fnadir). Avec une croissance qui semble avoir atteint un plateau, la longue période d'instabilité politique s'ajoute au malaise grandissant des dirigeants des centres de formation d'apprentis (CFA). Dans un communiqué publié mi-février, la fédération professionnelle exprime les préoccupations de ses 650 adhérents face aux mesures d'économie annoncées. Les exigences d'austérité budgétaire pèsent sur les prises de décision d'ajustements qui pourraient, selon la Fnadir, « fragiliser » le système né en 2018 sans conforter la place de cette voie dans le paysage de l'éducation et de la formation .
Des ajustements sans cap clair
De la diminution des aides aux employeurs, à la hausse du coût du travail des apprentis, en passant par l'application de nouvelles contributions sociales au salaire des apprentis, les coups de rabot interviennent dans une conjoncture économique dégradée, menaçant ainsi la dynamique de l'apprentissage. Mais surtout, certaines initiatives prises par le gouvernement interrogent sur la motivation politique. Le non-renouvellement de l'aide employeur pour un second contrat chez le même employeur remettrait ainsi en cause la progression des jeunes vers des qualifications plus élevées. De même, le projet d'imposer un reste à charge à l'entreprise dans le cadre des parcours dans l'enseignement supérieur donne, selon la Fnadir, un mauvais signal. « Nous sommes convaincus qu'il faut aller jusqu'au bout de la réforme pour faire de l'apprentissage une voie d'éducation et de formation à part entière et non pas limitée à un niveau d'études ».
Un débat sur la vision politique de l'apprentissage
Les dirigeants des CFA de la Fnadir craignent donc que les efforts fournis avec succès pour faire décoller l'apprentissage ne soient remis en question, faute d'un débat de fond sur les objectifs. Autre axe d'ajustement en cours de réflexion, les modalités de fixation des niveaux de prise en charge des contrats. Plus structurelles, ces évolutions auront un impact direct sur le modèle économique des CFA. Les propositions de la Fnadir rappelées dans son communiqué ont été entendues par le ministère du Travail mais la concertation bousculée par l'instabilité politique n'ouvre pas le dialogue attendu entre les différentes parties prenantes à un moment critique de la réforme. Le système combinant une logique de marché et de subvention montre ses limites, posant la question des choix d'une régulation nécessaire mais délicate.