Orientation : à quels métiers pensent les jeunes ?
Olecio, spécialiste de la découverte des métiers et des formations, publie son baromètre des métiers préférés des jeunes. Les 18-30 ans s'y révèlent peu disruptifs et porteurs de représentations très genrées.
Par Nicolas Deguerry - Le 20 janvier 2025.
Entre une faible connaissance des métiers et une forte sensibilité aux stéréotypes de genre, les 807 jeunes de 18 à 30 ans enquêtés par Olecio et BVA People Consulting reflètent les principales critiques adressées au système d'orientation. Pour Sébastien Levy Prudent, co-fondateur d'Olecio, commanditaire du baromètre réalisé en partenariat avec BVA People Consulting, « le constat en dit long sur la propension du système actuel à reproduire les biais tout en ouvrant faiblement les jeunes au champ des possibles. »
En bleu et rose
Derrière la critique, pointent des ambitions jugées « très classiques » avec un top 5 des professions les plus souhaitées qui consacre les métiers de professeur, médecin, infirmier, avocat et vétérinaire. Autant de choix respectables mais qui témoignent aussi de l'étroitesse du spectre d'orientation. Point positif, le détail du top 10 révèle des choix qui, souligne Olecio, « correspondent aux professions qui généreront le plus grand nombre d'emplois d'ici 2030 selon l'étude Métiers 2030 de France Stratégie et de la Dares. »
Le bémol ? Il est selon le baromètre Olecio à rechercher dans les motivations des répondants, lesquelles apparaissent excessivement genrées. Ainsi des hommes qui relient à 39 % leur choix à la rémunération quand les femmes évoquent le sentiment de se sentir utiles à la société (38 %). Plus encore, ce sont 29 % des hommes qui pointent l'importance des responsabilités confiées, là où les femmes sont 28 % à vouloir s'assurer que leur métier sera en adéquation avec leur formation et leurs compétences. Déjà observées par des associations du type Elles bougent, ces réponses traduiraient une plus forte propension des femmes à se poser la question de leur légitimité, quand une majorité d'hommes paraît n'en jamais douter.
Les biais de genre sont aussi présents dans les choix sectoriels, avec des hommes qui privilégient l'administration publique, la banque/assurance/finance ou les sports et loisirs, et des femmes qui plébiscitent la santé, l'éducation et la formation ou les domaines du social/solidarité/handicap/petite enfance.
Quelles solutions ?
Sans surprise pour une entreprise qui s'est créée avec la volonté « d'ouvrir le champ des possibles » (notre article), Olecio souligne également que les choix des jeunes se concentrent sur 25 métiers, « en grande majorité de notre quotidien ou vus à la TV. » Au-delà du rappel de son offre innovante en matière d'outils d'orientation, Olecio suggère d'explorer des pistes de réforme du système d'orientation telles que : renforcer la visibilité de métiers aussi méconnus que porteurs d'avenir ; revaloriser les métiers qui souffrent d'une image dégradée ou d'une faible notoriété en dépit de leur utilité sociale évidente ; sortir de l'obsession du diplôme et du parcours type ; renforcer la sensibilisation à la diversité des métiers dès le collège avec des modèles inspirants et des actions concrètes pour déconstruire les idées reçues. Soit des diagnostics et solutions sinon classiques au moins largement et de longue date partagés, mais qui peinent à se déployer à l'échelle.
On peut à cet égard se reporter à un autre rapport d'Olecio, réalisé pour Régions de France (notre article).
Olecio est membre du Corner innovation Centre Inffo |
- Baromètre des métiers préférés des jeunes, Olecio & BVA People Consulting, 13 p., 2024 :
https://go.olecio.fr/barometre/metiers-preferes-jeunes/